Cachez ces poils que je ne saurais voir

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Tu sais de quoi je vais te parler maintenant, n’est-ce pas ? Et vraiment ça ne va pas te plaire.

 

Si toi aussi, de la longue liste des symptômes du SOPK, tu as coché la case “hirsutisme”, tu sais de quoi je vais te parler.

Ou même que tu as juste plus de poils que la moyenne “visible”, tu sais aussi de quoi je vais te parler.

Si depuis ta puberté tu te dis qu’il y a un truc qui cloche avec ta pilosité.

D’abord parce qu’on t’a très vite fait comprendre qu’“une fille ça n’a pas de poils” (c’est faux.). Et toi, tu en as, beaucoup.

Qu’ensuite tu étais la risée du collège/lycée/fac/métro/boulot/toutes autres lieux de vies.

 

Tu auras très vite compris qu’on va parler du grand méchant poil.

 

Celui qui revient au bout d’un jour, deux semaines, un mois, un an. Malgré toute l’énergie et toute la force que tu met à t’en débarrasser.

Ce grand méchant poil, qui jusqu’à ce qu’on te le dise, n’avait pas changé ta vie, et lui la faisait pépère, sa vie.

Ce grand méchant poil qu’on te targe de non-hygiénique, inutile, revenant des temps anciens pour te hanter et retirer tout ce qui te reste de beauté et de féminité.

Ce grand méchant poil responsable de ta mauvaise intégration à la société moderne, de ton non-conformisme, de ton esprit rebelle, de l’irrespect que tu as envers toi-même, de ton lien de parenté avec les grands singes et le règne animal de façon général, de tes manières négligées et vraiment pas propres.

 

Toi aussi tu as déjà vu ces commentaires, ces propos, ces moqueries. Je sais que tu les as vu, car depuis quelques années des femmes – SOPK ou pas – se battent tous les jours pour faire accepter leur propre beauté avec ces mêmes poils. Et tu les as lu les remarques sur leurs photos.

Et surement qu’au fond de toi, devant ton écran, tu t’es dit que c’était mieux de rester chez toi sous ta couette. Que le monde n’était pas prêt.

 

Ou de retourner sous la douche remettre un coup de rasoir.

Ou de te payer un nouveau forfait d’épilation complète à la cire en acceptant les moqueries et les remarques acerbes de cette esthéticienne “ohoh mais ça fait des siècles que vous n’êtes pas venue vous, non ?”.

De contracter ce nouveau prêt à la consommation pour pouvoir te payer ces séances de lumières pulsées ou de laser.

De juste te cacher, de ces poils si moches, si disgracieux, si hideux, si puants.

 

OKAY, STOP.

 

Je ne comprends pas, plus de la moitié de l’humanité quand elle voit mes jambes, mes aisselles, mes bras, mon visage… en fait, seulement la totalité de mon corps, est soit pris de dégoût, soit pris de pitié.

Dans les deux cas ça se termine par une irrémédiable envie de me donner un conseil incroyablement bienveillant : “tu sais il y a le laser/cire/lumière pulsée/rasoir pour ça, ça te rendrait service.”

 

Tu sais ce qui me rendrait service ? Qu’on me laisse choisir. Que je ne sois pas obligée de me cacher dans la peur de leur regard, de leur jugement. De LEUR regard sur MON corps.

 

Quand j’étais petite, j’étais si curieuse (ça n’a pas vraiment changé) que souvent j’aimais écouter les conversations des “grandes personnes”. Et douée d’un tact immense, je posais des questions, là on me répondait “occupes-toi de tes oignons veux-tu?”.

Ce que je trouve incroyable avec les adultes, c’est la façon dont ils oublient si facilement leur propre leçon de vie.

 

Certes, l’hirsutisme est un symptôme, c’est un bug dans la matrice, je ne devrais pas en avoir autant. Bien. Mais ils sont là et de toute évidence ils n’ont pas l’intention de s’en aller. Car tu vois, et tu le sais en plus si tu l’a déjà vécu, tu sais que toutes les lumières pulsés du monde et tout les lasers aussi n’y feront rien. On a déjà essayé, ils reviennent toujours. Alors quoi ? Je vais passer le reste de ma vie à m’épiler ? Je crois qu’on a mieux à faire quand même… Ou en tout cas plus intéressant.

 

“Mais il faut souffrir pour être belle”. Mais c’est pas la question, qui a dit que c’était interdit de se sentir belle avec ces poils ? Et puis même si c’était le cas, la beauté est tellement plurielle que cette expression est complètement ridicule !!

 

Je pourrais t’en tartiner en long, en large et en travers sur le poil et son histoire pour te convaincre que tu connais le très mal mais tu fais ce que tu veux de ton corps, comme moi.

 

Cette tribune elle n’a qu’un seul message : c’est ton corps, tes poils, ton choix.

Ne laisse personne, pas même tes proches, te dire quoi faire d’eux. Tu es seul juge.

Et dire à quelqu’un que tu es hirsute, ne devrait jamais être utilisé comme une excuse pour qu’on te laisse tranquille. Je le sais je l’ai fait aussi.

Et avouer son hirsutisme n’est pas une invitation pour que vous autres nous disiez quoi faire pour nous débarrasser d’eux. Vous ne savez pas si notre souhait est de vivre avec ou sans.

 

Une dernière chose : de tout les symptômes du SOPK les poils est celui qui me cause le moins de problème. Mes poils ne m’empêchent pas de marcher, courir, m’amuser, manger, lire, d’aller à la piscine… Je dirais même mieux : depuis que je ne les retire plus j’ai beaucoup moins d’infections urinaires.

Pourtant quand je discute de mon syndrome, c’est le premier ennemi, le premier symptôme qu’ils veulent tous éradiquer.

 

Sur ces mots, je te souhaite un excellent premier weekend de 2018 ainsi qu’avec ce magnifique mantra de Bon Jovi : It’s my life !

 

Avec tout mon amour,

 

L’Autre Morgane

 

[NB1 : si tout de même tu veux en savoir plus sur le grand méchant poil : http://www.norme-du-glabre.ct-web.fr/ ]

[NB2 : le sujet n’est pas de savoir si vous trouvez les poils (de manière général) beaux ou pas, si ton commentaire est dans ce sens je t’invite à relire la tribune 😉 ]

Crédits photo : Harnaam Kaur <3

 

Digital Designer naviguant entre les mondes. Je ne tiens pas en place, j'aime apprendre. Je couds, je joue, je designe, j'explore, j'écris, je cuisine... Native de banlieue parisienne, j'ai quitté mes cités HLM pour explorer la jolie ville d'Amiens.

4 commentaires sur “Cachez ces poils que je ne saurais voir

  1. « Tu sais ce qui me rendrait service ? Qu’on me laisse choisir. Que je ne sois pas obligée de me cacher dans la peur de leur regard, de leur jugement. De LEUR regard sur MON corps. »
    Cette phrase est d’une puissance !! <3

  2. C’est assez fou, cette propension à encourager à éradiquer le poil.
    Je ne suis pas atteinte d’hirsutisme, en fait j’ai même relativement peu de poils, mais je dois les éradiquer, je préfère (t’inquiète, mon commentaire a à voir avec ton article, dans le fond). Seulement je ne l’avais pas fait depuis longtemps. Ma mère a vu mes poils, elle a dit « tu vas au sport comme ça ? j’aurais honte. Il faut que tu fasses quelque chose ». Quoi « il faut » ? Comme tu le rappelles, c’est notre corps…

    Je pense que si le poil est l’ennemi numéro 1 de son syndrome pour les autres c’est que c’est aussi le plus visible et que, malgré tout, on accorde une grande importance à l’apparence. Mais les gens oublient que parfois ils peuvent s’adresser à des personnes qui ont des problèmes physiques/de santé/génétique (ça vaut pour les poils, ça vaut pour le désir d’enfants, ça vaut pour le handicap, ça vaut pour plein de trucs) et oublient que parfois leurs « conseils » pour « améliorer les choses » peuvent faire plus de mal que de bien et renvoyer à plein de choses pas top niveau estime de soi et relation au monde !

    1. Toujours un plaisir de te revoir ici 😀 ! « Je pense que si le poil est l’ennemi numéro 1 de son syndrome pour les autres c’est que c’est aussi le plus visible et que, malgré tout, on accorde une grande importance à l’apparence » c’est criant de vérité, et j’ai hésité à faire la comparaison avec un handicap physique – parce que je ne le ressent pas comme un handicap – mais c’est comme quand les gens sont attirés par ce handicap qui fait de toi quelqu’un de radicalement différent d’un humain « lambda ».

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