En toute intimité

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Je suis une femme de 28 ans, 1m61, 86kg.

Mes mensurations sont 102-83-128.

J’ai une aménorrhée secondaire [cycle qui fait plus de 60 jours], un hirsutisme sévère [pilosité anormalement abondante], des anovulations [cycle pendant lequel aucun ovocytes n’est libéré] et une courbe de température plate.

Sur mon visage j’ai un peu d’acné, une peau irritée par les passages de cire, des poils épais et éparses sur les joues, le dessus des lèvres et le menton.

J’ai une cicatrice qui part du côté gauche de la bouche pour aller vers le nez, je l’appelle la “demi-moustache” témoin de mon côté aventureux quand j’étais petite.

J’ai les cheveux mi-longs, bruns, plutôt épais et ils sont clairsemés depuis quelques années, on y voit de grosses pellicules blanches, des squames, on ne sait pas si c’est une dermite séborrhéique ou du psoriasis, ou autre chose encore. Ce que je sais c’est que ça gratte et que ça tombe sur mes lunettes.

J’ai une très légère myopie et 2% de pertes auditives. Parfois la nuit j’ai un acouphène qui me réveille. Ça ressemble à un train à vapeur dans mon oreille droite.

J’ai un sein plus petit que l’autre, le médecin avait dit “il est atrophié”. Ou alors j’en ai un nettement plus gros, faites votre choix. D’ailleurs sous le plus gros, j’ai une cicatrice, seule vestige d’un gros grain de beauté qu’on m’a retiré il y a quelques temps.

J’ai de gros bras et poilus, et des petites mains, poilus aussi.

J’ai une ligne de poils épais et brun de mon nombril à mon pubis.

Le tour de mes cuisses est presque aussi gros que mon tour de taille. Et mes jambes sont recouvertes de poils bruns épais. J’ai de gros mollets et des petits pieds, pointure 38.

Et dans le dos, j’ai ce tatouage.

 

Vous vous demandez surement pourquoi je fais la carte d’identité de mon corps ?

Il y a quelques années on m’a diagnostiqué un Syndrome des Ovaires Polykystiques. Entre temps, j’ai vu d’autres médecins. Certains m’ont dit qu’en fait je ne l’avais pas, d’autres encore “vous l’avez mais un tout petit peu”.

Aujourd’hui, en faisant mes propres recherches, j’ai eu un gros doute au vue de mes analyses. J’ai tout ce que je vous ai dit, mais des analyses hormonales normales, pas plus de douze follicules [qui relâche l’ovule dans les ovaires] par ovaires. Mais alors ai-je vraiment ce Syndrome ?

… Oui, je vis avec ce diagnostic.

Depuis que je le sais, je lis, je cherche, j’expérimente des alimentations, des façons de vivre. Je le vis tous les jours, ce n’est pas du folklore, mon corps le porte comme identité.

 

Chacune de notre côté, Femmes diagnostiquées SOPK, on porte ces questions en nous. “Comment je vais faire ?” “Suis-je réellement une femme ?” “Est-ce que je suis la seule ?” “Pourquoi je me sens si seule ?” “Pourquoi je me sens si enfermée dans ce corps ?” “Mais d’où ça vient ?” “Est-ce que je le garderai toute ma vie ?” “Est-ce que je pourrais aimer un jour mon corps ?” “Pourquoi moi ?” “Pourquoi est-ce si dur ?” “Aurais-je mes règles normalement un jour ?” “Aurais-je un enfant, un jour ?”

 

Chacune de notre côté, on se prend de plein fouet l’abandon des médecins, qui nous prescrivent des traitements pour un seul symptôme à la fois, mais qui ne nous soigne pas totalement. Ces médecins qui ne nous expliquent pas clairement ce qu’on a, ils font ce qu’ils peuvent, et il est vrai ils tentent de soigner nos corps. Mais nous alors ?

 

Avec le recul, si aujourd’hui j’ai envie de vous parler en toute intimité, c’est que j’ai compris qu’on ne pouvait pas juste soigner le symptôme dans l’espoir qu’on continue à vivre comme si de rien n’était. J’ai aussi eu ces traitements, j’ai aussi été sous pilule contraceptive, non pas pour être libre sexuellement mais pour être “guérie” le temps que je la prenne.

Si aujourd’hui j’écris, en toute intimité, c’est pour vous dire qu’on doit rester ensemble, que vous n’êtes pas seules, qu’on est entre 10 à 20% des femmes de la planète à avoir les mêmes problèmes, qu’on ne doit pas rester chacune de notre côté, qu’on a le droit oui d’oser aimer ce corps malmené par ce Syndrôme.

 

J’aimerai vous dire aussi que j’ai l’intime conviction que notre santé est très étroitement liée à celle de notre planète. Que ce n’est pas un hasard ce qui nous arrive et qu’il est temps que l’on se réveille. Pourquoi à l’aube du 21ème siècle tant de femmes sont atteintes de ce mal mystérieux (et d’un autre nommé l’Endométriose) ? Pourquoi avons-nous toutes des symptômes liés et en même temps si différents des unes et des autres, des symptômes qui touchent de plein fouet notre féminité, et je dirais même la Femme que nous sommes ?

Alors sachez, vous, toi, la Femme qui lit ces mots, j’ai des choses à dire, des choses à partager. Il est temps.

Avec tout mon amour <3

L’Autre Morgane

[Je voudrais dédier cette confession, cette introduction, à celles qui aujourd’hui même, m’ont ouvert les yeux, donné le courage, qu’elles soient nouvellement connu ou vieilles connaissances, à ces mentors, à ces femmes sacrés et sacrément courageuses. Lyvia & Jo’ – et bien sûr à toi qui me lit.]

Digital Designer naviguant entre les mondes. Je ne tiens pas en place, j'aime apprendre. Je couds, je joue, je designe, j'explore, j'écris, je cuisine... Native de banlieue parisienne, j'ai quitté mes cités HLM pour explorer la jolie ville d'Amiens.

6 commentaires sur “En toute intimité

  1. Whouah… Je ne suis pas concernée par ce dont tu parles, mais je me sens profondément touchée par tes mots, ta vulnérabilité et par le regard que tu poses sur ton corps. Ça me rappelle ce qu’on nous apprend à voir comme des imperfections, c’est au contraire ce qui nous rend belles, ce qui nous rend « nous ».

  2. Bonjour, j’ai eu à supporter les mêmes désagréments pendant des années. J’ai aujourd’hui 38 ans et j’ai voulu cesser (il y a cinq ans) les traitements hormonaux que je soupçonnais d’être très néfastes pour ma santé – plus que le problème originel, dont je continue à ne pas savoir s’il s’agit des kystes aux ovaires ou d’autres choses, les problèmes étant liés les uns aux autres – et la gynéco, à ce moment-là, a pris l’air catastrophé : « votre acné, vos poils, tout ça, vous allez voir, vous allez vite revenir » !! Ben non, parce qu’entre-temps, j’ai commencé à me maintenir en bonne santé par la médecine chinoise, qui – et ce n’est pas la seule différence – envisage le corps dans sa globalité. Acupuncture, massages, plantes. Rien que les traitements sont plus attrayants qu’hormone et composés chimiques… Bref, tous mes anciens problèmes sont très apaisés. Je ne tombe plus malade. Et j’ai arrêté de payer les labos pharmaceutiques et des « professionnels » incompétents. D’autre part, j’ai aussi perdu 15 kg par le biais de Weight Watchers, et bien manger est, selon la médecine chinoise, la meilleure médecine pour le corps. J’ai réussi à perdre après mes premières séances d’acupuncture, et je ne te ferai pas ici l’historique des tenants et aboutissants, mais, comme je l’ai déjà dit, tout est lié… Prendre soin de soi est une démarche globale, qui prend en compte le psychisme et le corps. Bref, le tien, de corps, peut évoluer, mais je pense qu’il ne faut pas trop compter sur les médecins occidentaux traditionnels pour t’aider dans cette démarche. Enfin, je te rejoins complétement sur le lien avec la santé de notre planète, ce qui m’amène à essayer de ne consommer que des produits non transformés. Bises et bon courage à toi !

    1. Coucou !!!

      Merci pour ton précieux témoignage, et je te rejoins sur le fait que notre corps DOIT être pris dans sa globalité, et pas un petit bout par ici et un autre par là.

      Je ne suis plus suivie par un endocrinologue/gynécologue depuis plus de deux ans pour les mêmes raisons que les tiennes =). Disons que j’y vais par formalité sans me laisser déborder par les « mais vous DEVEZ être suivi/sous traitement ». Je me porte mieux sans être sous leur traitement à vrai dire. Je ne leur ferai pas une guerre ouverte, car c’est ce qu’on leur apprend, le livre « Le Choeur des Femmes » de Martin Winckler m’a permis de mieux comprendre tout cela et de modérer mes propos 😀

      Depuis que je suis devenue végétalienne j’ai vu de très beaux changements s’opérer sur mon poids, sur ma peau. Je m’intéresse de près à l’herboristerie, la naturopathie et l’ayurvéda qui selon moi répondent mieux à nos besoins et sont plus globales que la médecine occidentale traditionnelle. Je déplore l’absence de spiritualité, d’aucun qui parle d’accord âme/esprit/corps dans cette médecine. Tout ce versant que je découvre depuis un petit moment. Je prends note de la pharmacopée chinoise 😀 Merci !

      Je ne consomme très peu de produits transformés (faut dire qu’en terme de nourriture végétalienne le choix est maigre, ça aide aussi), mais j’avoue que je triche, j’adore la cuisine de manière générale ^^ <3

      Merci vraiment beaucoup pour ton histoire qui est vraiment le point d'entrée de ce que je souhaite transmettre. Cet article est une mise en bouche, une introduction car comme toi, j'ai ouvert les yeux. Et maintenant je souhaite aider les autres femmes à dépasser ça, je pense que c'est le bon moment qu'en penses-tu ? 😀

      Excellent début d'année à toi !

  3. Coucou Morgane!
    Tout d’abord, bonne et heureuse année 2018 ! C’est toujours avec un immense plaisir que je retrouve tes articles. J’aime d’autant plus celui-ci parce qu’il s’agit d’un témoignage très intime sur ce que tu vis tous les jours. C’est très courageux de ta part d’oser prendre la parole ainsi sur le sujet. J’ai d’ailleurs toujours admiré le fait que tu sois prompte à discuter si librement de tes soucis de santé : c’est ainsi qu’on fera bouger les mentalités. On s’appelle bientôt ! Bisous 🙂

    1. Coucou !! Ohoh oui on s’appelle 😀 !!
      Oui « j’aime » en parler, parce que je pense que c’est réellement important qu’on sache ce que nos quotidiens peuvent créer comme syndrôme, pour l’avenir, enfin tu sais déjà tout haha
      Merci à toi et une excellente année pleine d’abondance <3 <3

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